L’Organisation des Nations Unies vient de franchir un seuil symbolique majeur : dans son rapport publié en janvier 2026, elle affirme que la planète est désormais entrée dans une « ère de faillite hydrique mondiale ». Ce constat sans appel, porté par l’Université des Nations Unies pour l’eau, l’environnement et la santé, marque un tournant dans notre compréhension de la crise de l’eau. Cette réalité confirme une conviction que nous portons depuis longtemps : investir dans l’eau n’a jamais été aussi pertinent.
Une crise structurelle, non une urgence temporaire
Le terme « faillite hydrique » n’est pas employé à la légère. Selon Kaveh Madani, directeur de l’Université des Nations Unies, il décrit un état post-crise durable où l’usage et la pollution de l’eau ont dépassé les capacités de renouvellement naturel. Les nappes phréatiques, zones humides, sols, rivières et glaciers subissent des dommages irréversibles ou dont la réparation coûterait prohibitivement cher.
Les chiffres sont éloquents. Près de trois quarts de l’humanité vivent aujourd’hui dans des pays en situation d’insécurité hydrique. Plus de 4 milliards de personnes subissent une pénurie sévère au moins un mois par an. La moitié de la production alimentaire mondiale provient de régions où le stockage total de l’eau décline ou devient instable. Depuis 1990, 50% des grands lacs du monde ont perdu de l’eau, alors que 25% de l’humanité en dépend directement.
Plus préoccupant encore : 410 millions d’hectares de zones humides naturelles ont disparu en cinq décennies, et 70% des grands aquifères présentent un déclin à long terme. Ces données ne décrivent pas une crise temporaire, mais un basculement structurel qui redéfinit l’équilibre mondial des ressources.
Un besoin d’investissement colossal
Face à cette réalité, les besoins d’investissement dans le secteur de l’eau explosent. L’Organisation des Nations Unies estimait dès 2020 qu’il faudrait 260 milliards de dollars supplémentaires chaque année pour atteindre les objectifs de développement durable d’ici 2030. Le World Resources Institute évalue le coût mondial de la gestion durable de l’eau à 1 040 milliards de dollars par an entre 2015 et 2030.
En Europe, l’OCDE estime que l’Union européenne devra investir jusqu’à 90 milliards d’euros par an d’ici 2030 pour garantir une distribution uniforme, lutter contre le stress hydrique et réduire les fuites sur les réseaux. En France, les investissements nécessaires pour moderniser les infrastructures, réduire les consommations et gérer les risques sont estimés à 3 milliards d’euros supplémentaires par an.
Cette mobilisation financière massive crée un environnement propice aux entreprises positionnées sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’eau : infrastructures, technologies de traitement, dessalement, distribution, gestion des eaux usées et innovation.
Une demande structurelle en croissance
La demande mondiale en eau augmentera de 20 à 25% dans les décennies à venir, portée par trois dynamiques majeures : la croissance démographique, l’urbanisation accélérée et le développement industriel. L’agriculture, qui représente environ 70% des prélèvements mondiaux d’eau douce, reste particulièrement vulnérable face à la raréfaction de la ressource.
Selon l’UNESCO, la demande mondiale en eau pourrait dépasser l’offre de 40% dès 2030. Cette tension structurelle entre offre et demande transforme l’eau en ressource stratégique, comparable aux matières premières énergétiques. À la différence du pétrole, l’eau n’a aucun substitut : elle est irremplaçable pour la consommation humaine, la production alimentaire et l’activité industrielle.
Investir dans l’eau : une diversification patrimoniale pertinente
L’eau représente une classe d’actifs aux caractéristiques uniques. Le secteur présente une résilience remarquable face aux cycles économiques : qu’il y ait croissance ou récession, les besoins en eau demeurent constants. Cette stabilité structurelle offre aux portefeuilles une diversification précieuse, moins corrélée avec les secteurs traditionnels.
Les performances passées confirment cet attrait. Le fonds Pictet-Water, l’un des plus importants fonds thématiques sur l’eau avec une capitalisation de 4,3 milliards d’euros, affichait une performance de 9,71% en 2024. Depuis sa création en 2001, il a enregistré une performance annualisée de 9,29%, surperformant largement son indice de référence, le MSCI World. Sur dix ans, certains fonds spécialisés affichent des performances cumulées supérieures à 330%.
Le fonds BNP Paribas Aqua, créé en 2008, a également démontré sa résilience avec une performance de 368,22% entre décembre 2008 et septembre 2019, contre 273,63% pour le MSCI World sur la même période. Ces résultats s’expliquent par la dynamique intrinsèque du secteur : les entreprises spécialisées dans l’eau affichent une croissance annuelle moyenne de leur chiffre d’affaires de 8%.
Un écosystème d’entreprises stratégiques
L’univers d’investissement dans l’eau couvre trois segments principaux, chacun offrant des perspectives de croissance distinctes.
Les infrastructures regroupent les entreprises qui installent et gèrent les réseaux de canalisation à travers le monde. Veolia et Suez, les deux géants français, dominent ce marché mondial. Veolia, après avoir absorbé une grande partie des activités de Suez en 2022, détient désormais un quasi-monopole sur certaines technologies de traitement des eaux usées. Ces entreprises bénéficient de contrats de long terme avec les collectivités et les États, garantissant une visibilité financière solide.
Les technologies de l’eau constituent le segment le plus dynamique, représentant environ 60% des portefeuilles des fonds spécialisés. Ces entreprises développent des solutions innovantes pour réduire les fuites (qui représentent 20% de l’eau traitée en France), améliorer la filtration, optimiser l’approvisionnement et réduire les polluants chimiques. Le dessalement, notamment par osmose inverse, connaît un essor considérable. Le marché mondial du traitement de l’eau devrait passer de 7,53 milliards de dollars en 2022 à 13,74 milliards de dollars en 2032, avec une croissance annuelle de 6,2%.
Les services environnementaux, incluant la gestion des déchets et la prévention de la pollution des sols, complètent cet écosystème. Ces activités répondent à une logique simple : la première source de pollution de l’eau provient de la pollution des sols.
L’eau comme investissement responsable
Au-delà de sa rentabilité potentielle, l’investissement dans l’eau répond pleinement aux critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance). L’Objectif de Développement Durable n°6 des Nations Unies vise à « garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et assurer une gestion durable des ressources en eau ». Les entreprises du secteur contribuent directement à cet objectif en réduisant le gaspillage, en améliorant la qualité des eaux et en facilitant l’accès à l’eau potable pour les populations vulnérables.
Le fonds BNP Paribas Aqua illustre cet impact : pour un million d’euros investi, 46 millions de litres d’eau sont distribués, 494 personnes ont accès à de l’eau potable et 34,2 millions de litres d’eaux usées sont traitées. Cette dimension sociale et environnementale confère aux investissements dans l’eau une légitimité forte auprès des investisseurs sensibles à l’impact de leur épargne.
Des véhicules d’investissement accessibles
Pour intégrer l’eau dans une stratégie patrimoniale, plusieurs options s’offrent aux investisseurs. Les fonds thématiques regroupent plusieurs entreprises du secteur, offrant une diversification naturelle. Parmi les plus réputés figurent Pictet-Water, BNP Paribas Aqua, Amundi KBI Aqua ISR et RobecoSAM Sustainable Water Fund. Ces fonds sont accessibles via des contrats d’assurance-vie ou des Plans d’Épargne Retraite (PER).
Les ETF (Exchange Traded Funds) répliquent les performances d’indices sectoriels avec des frais généralement faibles. Les principaux ETF incluent Lyxor PEA Eau (MSCI Water), iShares Global Water et L&G Clean Water. Ces trackers sont accessibles via un compte-titre ou un PEA.
Enfin, l’investissement direct en actions permet une exposition ciblée sur des entreprises spécifiques. Veolia, Suez, Danaher Corp, Xylem, American Water ou China Water Affairs Group figurent parmi les acteurs majeurs cotés en bourse. Cette approche nécessite une analyse approfondie et convient aux investisseurs avertis.
Une conviction renforcée par la réalité
L’alerte lancée par l’ONU en janvier 2026 ne fait que confirmer ce que nous observons depuis des années : l’eau n’est plus une ressource abondante et accessible. Elle devient un actif stratégique, rare, indispensable et non substituable. Les investissements nécessaires pour sécuriser son accès, améliorer sa gestion et préserver sa qualité génèrent des opportunités de croissance structurelles pour les entreprises du secteur.
Dans un contexte de « faillite hydrique mondiale », investir dans l’eau n’est plus un simple choix thématique. C’est une décision patrimoniale cohérente qui répond à une triple logique : financière, par ses perspectives de rendement et sa faible corrélation avec les autres secteurs ; stratégique, par l’exposition à une ressource essentielle et rare ; et responsable, par sa contribution directe aux objectifs de développement durable.
Notre conviction est désormais portée par l’urgence : le temps n’est plus aux hésitations. L’eau s’impose comme l’un des placements les plus pertinents pour les décennies à venir.
Cet article ne constitue pas un conseil en investissement. Il est recommandé de nous consulter pour toute décision d’investissement.



