Un basculement irréversible

L’année 2026 marque un tournant décisif : l’ordre monétaire fondé sur le dollar entre en phase d’effondrement. La montée en puissance des BRICS, la dédollarisation croissante du commerce mondial et l’endettement excessif des États-Unis menacent le système mis en place depuis 1974. Cette mutation structurelle profonde redessine les équilibres de pouvoir économiques mondiaux et force les investisseurs à repenser complètement leurs stratégies d’allocation.

L’effondrement du système pétrodollar

Le système pétrodollar, fondation de la suprématie monétaire américaine, a atteint son point de rupture en 2024. L’Arabie Saoudite a refusé de renouveler l’accord historique de 1974 avec les États-Unis, symbole majeur de la fin d’une ère. Que cet accord ait été formel ou tacite, la dynamique a irréversiblement changé : les producteurs de pétrole diversifient désormais leurs devises de facturation.

Cette évolution marque la fin de la « demande artificielle de dollars ». Pendant cinquante ans, chaque importateur de pétrole devait acheter des dollars pour payer ses factures énergétiques, créant une demande structurelle qui finançait à faible coût le déficit budgétaire américain. Aujourd’hui, moins de demande artificielle, mais toujours plus de dette émise. Le financement américain devient structurellement fragile.

La dédollarisation : une stratégie coordonnée et crédible

Les BRICS (représentant 46% de la population mondiale et 37% du PIB global) ne critiquent plus le dollar : ils construisent activement des alternatives. Le projet BRICS Pay, une architecture financière parallèle à SWIFT, est en cours de déploiement. Plus significatif encore, des documents internes confirment l’existence d’une monnaie commune adossée à l’or, avec un lancement possible dès 2026.

La preuve concrète : la part du dollar dans les réserves mondiales a chuté à 56,3% mi-2025, son plus bas niveau en 30 ans. Les banques centrales se tournent massivement vers l’or (désormais à 5 500 dollars l’once) et les devises alternatives. Cette diversification s’explique par la militarisation du dollar – les sanctions et les gels d’avoirs ont transformé le système financier en arme géopolitique.

La « japonisation » : une impasse structurelle

Depuis 2009, les banques centrales des économies développées agissent de plus en plus sous pression politique, finançant les dépenses publiques à des fins électorales. Donald Trump menace ouvertement la Fed d’être remodelée si elle ne baisse pas les taux. En Europe, la BCE maintient des taux artificiellement bas pour soutenir les économies surendettées de la zone euro.

Les économies occidentales reproduisent le modèle japonais : quantitative easing massif, fiscalité de relance permanente, domination politique de la monnaie. Le Japon a appliqué cette recette pendant deux décennies sans succès. L’Europe, après avoir lancé son QE en 2015, suit exactement le chemin qu’a tracé la Banque du Japon entre 2001-2006.

Cette stratégie mène à une impasse structurelle : inflation latente impossible à contenir, dette publique incontrôlable, et efficacité décroissante des mesures de relance. Nous convergerons vers un système où « on ne peut plus contenir l’inflation ».

La fragilité du financement américain

Les chiffres sont alarmants. La dette publique américaine a dépassé 38 500 milliards de dollars, avec des intérêts annuels dépassant 1 000 milliards – supérieur au budget de la défense. Le Trésor devra émettre 2 000 milliards de nouveaux dollars et refinancer 8 000 milliards en 2026.

Les primes de terme sur les obligations à long terme ont atteint leurs plus hauts niveaux en plus de dix ans, reflétant une réévaluation du risque américain. Les récentes adjudications de bons du Trésor ont été faibles et moroses. Le régulateur allemand BaFin a averti qu’il existe un risque que les marchés remettent en cause le rôle du dollar comme monnaie de réserve mondiale.

Changement majeur : le « bond put » a remplacé le « equity put ». La Fed se préoccupe désormais davantage de la stabilité des marchés obligataires que des marchés actions. Cette dominance fiscale limite la marge de manœuvre de la politique monétaire et crée un environnement hautement volatil.

Stratégie d’investissement : adapter les portefeuilles

Face à ces mutations, la diversification s’impose : « Si tous les rouages tournent dans le même sens, c’est risqué. Il faut que certains coincent pour stabiliser l’ensemble« .

Obligations : Les obligations émergentes en devises locales offrent les meilleures primes de rendement. Le Brésil affiche des taux réels de 9-10%, les rendements des obligations à 10 ans oscillant autour de 13,65%. La duration longue sur les parties basses des courbes bénéficie de la baisse attendue des taux.

Devises : Exposition vendeuse sur le dollar face aux devises émergentes. Position longue sur le yen contre le franc suisse – le yen devrait s’apprécier avec la normalisation progressive de la Banque du Japon (taux vers 1-1,5% d’ici fin 2027).

Actions : Prudence sur les États-Unis en raison des valorisations tendues et des attentes excessives. Surpondération des marchés émergents, où la croissance reste attractive avec des valorisations raisonnables. Europe sélective : secteur bancaire avec des bilans renforcés et PME bénéficiant de la relance budgétaire allemande.

Les risques majeurs

Crise de la dette dans le G7 : Probable en 2026-2027, avec la France et l’Italie particulièrement vulnérables.

Perte de confiance soudaine dans les bons du Trésor : La correction simultanée de janvier 2026 se classe au quatrième rang des pires mouvements en 40 ans. Une répétition pourrait déclencher une réévaluation brutale.

Accélération de la dédollarisation : Si les BRICS lancent leur monnaie comme annoncé, le déclin du dollar s’accélèrerait dramatiquement.

Conclusion

Nous vivons un changement de paradigme majeur. L’architecture financière américaine, fondée depuis 1974 sur le pétrodollar, s’effondre. La dédollarisation n’est plus un fantasme, mais une stratégie coordonnée portée par la moitié de l’humanité.

La japonisation des économies occidentales, avec ses banques centrales captives et son endettement incontrôlable, mène à une impasse où l’inflation devient structurellement incontrôlable.

Pour les investisseurs, l’adaptation devient impérative. La diversification géographique, monétaire et d’actifs passe de l’option à la nécessité vitale. Ceux qui sauront anticiper et s’adapter à ce nouvel ordre monétaire prospéreront – les autres souffriront les conséquences de leur inertie.