À la fin du premier trimestre 2025, la dette publique française atteint des sommets inédits, culminant à plus de 3 345 milliards d’euros, soit près de 114% du PIB. Cette trajectoire de l’endettement, qui s’est accélérée ces dernières années sous l’effet combiné des crises sanitaires, énergétiques et géopolitiques, suscite une inquiétude croissante non seulement pour la soutenabilité des finances publiques mais aussi pour la souveraineté budgétaire du pays.
Une problématique structurelle.
Le cœur du problème réside dans l’accumulation récurrente de déficits : les dépenses de l’État, soutenues par son modèle social généreux, restent systématiquement supérieures aux recettes depuis près d’un demi-siècle. À cela se sont ajoutés des chocs exogènes coûteux, comme la gestion de la pandémie de Covid-19 ou la crise énergétique, qui ont grevé un peu plus des finances publiques déjà fragilisées.
Aujourd’hui, la charge de la dette absorbe à elle seule près de 62 milliards d’euros par an. Les intérêts dépassent désormais certains budgets ministériels majeurs et menacent, à très court terme, d’obérer la capacité d’investissement du pays dans des priorités vitales telles que l’éducation, la santé ou la transition écologique. La France se situe d’ailleurs parmi les États les plus endettés de l’Union européenne, loin devant la moyenne de la zone euro et en décalage avec l’objectif européen de déficit sous les 3%.
Une réaction qui doit être à la hauteur.
Face à ce constat, le gouvernement a acté une refonte budgétaire d’ampleur. Le budget 2025, voté à la faveur d’un compromis parlementaire et de l’utilisation de l’article 49.3, vise à ramener le déficit public à 5,4% du PIB, puis sous la barre des 3% en 2029 – un horizon jugé crucial pour regagner la crédibilité financière sur la scène européenne. Pour y parvenir, l’exécutif a mis sur la table un plan pluriannuel visant 43,8 milliards d’euros d’économies dès 2026, incluant des coupes budgétaires dans plusieurs ministères, une révision des exonérations sociales, et le report de certaines revalorisations de pensions. Un effort exceptionnel, mais temporaire, est également demandé aux grandes entreprises et aux ménages les plus aisés par le biais de hausses fiscales ciblées, destinées à rapporter respectivement 8 et 2 milliards d’euros sur l’exercice 2025.
Des mesures d’ajustement supplémentaires, pour plus de 5 milliards d’euros, ont été annoncées à l’été 2025 dans un contexte de croissance morose et pour maintenir la trajectoire de réduction du déficit. Plusieurs voix, dans la sphère économique, estiment cependant que le niveau d’économies requis pour enrayer la progression de la dette exigerait des efforts bien plus importants, à hauteur de 60 milliards d’euros par an : une ambition hors de portée politiquement et socialement sans transformation structurelle des finances publiques.
En définitive, si la loi de finances 2025 s’inscrit dans une volonté renouvelée de « stop à la dette », elle illustre aussi l’étroitesse de la marge de manœuvre budgétaire d’un pays où chaque euro supplémentaire de dette pèse lourdement sur les générations futures et hypothèque la capacité d’intervention de l’État. Le redressement des comptes publics apparaît non comme un choix, mais une nécessité stratégique pour éviter que la spirale de l’endettement ne dévoie l’ambition collective d’investir dans l’avenir.